Je me souviens de façon très précise du jour où j’ai rencontré Meryl Streep. Je faisais un stage chez une styliste qui habillait les stars et on m’avait confié la tâche ô combien importante de lui livrer sa garde-robe en personne. Évidemment, j’ai complètement flippé j’ai calmement accepté la mission parce que je suis une professionnelle. Pendant très longtemps, j’ai voulu être une actrice, parce que j’adore les histoires et j’aime qu’elles prennent vie de manière si vibrante qu’elles puissent émouvoir une salle entière. C’est exactement ce que fait Meryl Streep elle se métamorphose, elle transcende une situation, et elle le fait avec tant d’empathie, de subtilité, que ça provoque quelque chose de puissant. Quand je l’ai rencontrée ce jour-là, j’avais les mains qui tremblaient, et de la même façon qu’elle l’a fait avec Viola Davis, elle m’a dévisagée. Mais avec un regard tout particulier. Ce n’était pas un regard tiré du Diable s’habille en Prada, non, c’était un peu comme si elle essayait de me comprendre, de me connaître, c’était un regard enveloppant. Et ce regard, je ne l’oublierai jamais.

Elle aurait pu (comme beaucoup d’autres stars) complètement m’ignorer parce qu’après tout, je n’étais qu’une stagiaire, tout en bas de l’échelle. Mais non. Et même si ça n’a duré qu’un instant, elle a fait preuve de bienveillance, et pour moi ça prouve qu’elle met en pratique ce qu’elle dit. Lors de son discours aux Golden Globes ce week-end, elle a dit : « Et lorsque les puissants abusent de leur position pour harceler les autres, on est tous perdants. » C’est tellement vrai. Donc je voudrais juste lui dire : « Merci, Meryl. »

Merci de m’avoir regardée avec des yeux bienveillants. Merci d’avoir utilisé cette tribune pour rappeler des fondamentaux qui, même exprimés, peinent à être entendus. Et merci de nous avoir rappelé – à G et toute l’équipe ici – d’essayer de transformer nos cœurs brisés en art.

Bravo, Meryl Streep !