Ça fait plus d’un an qu’on est fiancés et on n’a pas l’ombre du début d’une idée de quand on va se marier.

Voilà, ça c’est pour répondre à la question brûlante qu’on n’ose même plus nous poser.

Comme si notre amour était en salle d’attente, ou pire, qu’on n’osait pas dire qu’on était revenus en arrière et qu’on avait changé d’idée, en fait. Ou PIRE ! Qu’on s’était mariés en secret à Vegas. Quoi qu’il en soit, après environ huit mois de fiançailles, la question “Alors c’est pour quand ???” s’efface tout doucement, pour laisser place à un sourire un peu gêné, puis pour disparaître complètement de la conversation.

Phew, enfin !

Surtout que ce n’était pas vraiment simple de répondre, tellement la raison secrète pour laquelle nous ne sommes pas encore mari et femme est simple : on n’a pas encore eu le temps de se pencher sur la question.

Et puis c’est chouette, d’être fiancés !

Les fiançailles, c’est un moment unique.

Bon, beaucoup de copines me l’ont dit : c’est aussi le pire moment possible. C’est le moment où, comme quand on est en escrow sur une maison (oui je suis en train de passer par là et j’ai hâte de vous en parler), on a toujours une chance de s’en sortir, si on veut.

C’est le moment où l’on se dit : est-ce VRAIMENT ce que je veux ?

Delphine, ma guide ès mariage, me l’a toujours dit : Un homme, quand il demande notre main, a eu le temps de se pencher sur la question pendant des mois, il sait.

Pour une femme en revanche, le point culminant de sa vie est le moment où l’homme se jettera à ses pieds en haut de l’Himalaya (ou dans une chambre d’hôtel au Mexico) et ne voit pas beaucoup plus loin que ça. La victoire EST dans la proposition, la demande de main. Un genre de YES ! BOOM ! Eheheh. Je l’ai eu. ;)

Qu’est-ce qu’on est con, quand même.

Ensuite pendant quelques mois semaines jours on s’éclaire à la lumière de notre diamant victoire amour et tout est parfait dans le plus parfait des mondes, on mange des fraises en se regardant dans les yeux et en s’enroulant les bras comme dans les pubs, puis la vraie vie vient taper à la porte, et commence l’inévitable “danse des fiancés”, qui se traduit par de vrais moments de magie, entrecoupés par des moments de :

“Pardon (air offusqué) tu veux devenir mon mari et tu ________ ?”

(Au choix : laisses trainer tes chaussettes, ne me textes pas de chat aux yeux en coeur pendant plus de trois heures, n’as pas promené le chien qui a pissé dans le couloir, etc etc etc.)

Ça peut aller très loin, et en plus c’est un peu comme Stranger Things, d’être fiancés : On adoooooooore se faire peur. Ooooooooh tremblez, fiancés !!!

Que la personne qui n’est pas passée par un rendage de bague dramatique avec larmes ET hurlements (passage obligé des fiançailles, moment ultime de test de l’amour)(lui de son côté, n’ayant pas de bague à rendre, va acheter des cartons et commence à les remplir) jusqu’à ce que l’amour gagne à nouveau et que soient renforcés les sentiments et les promesses.

Tous ces passages sont apparemment obligés, et le fait que j’ai été mise au courant par mes amies ne m’a pas du tout empêchée d’y passer en croyant dur comme fer que j’étais originale et que personne, non, personne n’était passé par des moments profonds de drame aussi poignants.

Pfffff, on passe tous par là, banane.

Donc une fois la dramaturgie accomplie, une espèce de tranquillité, d’amour paisible et lumineux s’installe. C’est un moment assez beau, il faut dire – on a passé TOUS les tests, et même quand on s’engueule et qu’on s’énerve (oui non parce que quand même), on sait qu’on s’aime d’amour et que personne n’a l’intention de faire ses cartons.

Il est temps de se marier. Non ?
Si.

ALORS ?

Et bien alors, il y a déjà tous les points dont Laura parlait l’autre jour.

Mettre un pied dans le mariage, dans notre société moderne, c’est en premier mettre un pied chez l’avocat.

Qui a envie de faire ça, je vous le demande.

Le deuxième truc, c’est d’imaginer tout ce qu’on pourrait faire de merveilleux, d’époustouflant, de fabuleux, du mariage en Corse dans mon village avec bateaux affrétés et compagnie, au mariage à LA sur la plage, au mariage en Virginie à la ferme, au mariage en Caroline du Sud sur le lac… La la la rêves de petits oiseaux et de coeurs et de bonheurs, oui, de bonheur !

Et ensuite, prendre tous ces rêves et les lacérer un par un, ou bien engloutir son patrimoine sur trois générations et renoncer à s’acheter une maison, une voiture, une vie.

Ensuite, il faut décider d’une date et la fixer, et rien que ça, nous, les trucs fixes, fuuuuuu, lulu.

Vient alors le moment où l’on se dit oui, finalement, un petit mariage simple et beau c’est quand même vachement sympa. Ou un mariage sur un coup de tête à la mairie ! Ou un mariage sans mariage ! Ou pas de mariage c’est vachement sympa aussi ! Ou…

Viens on parle d’autre chose, mon chéri.

Et c’est comme ça que parfois, on décide juste de prendre son temps. Rajoutez la vie au milieu, un déménagement annoncé à Los Angeles et tous les changements de vie (et oui, peut-être, l’achat de maison et de voitures) qui vont avec, et pof, on décide de prendre son temps.

Même si parfois, je l’entends m’appeler sa femme. J’adore.

Et prendre son temps, c’est étrange, mais ça n’a fait qu’une chose : renforcer mon envie de me marier. Comme je vous l’avais dit, pour moi, le mariage était un concept étrange, pas familier, presque cynique. J’ai grandi dans une famille de divorcés et ce que j’ai vu de l’amour ne m’a pas laissée avec énormément de rêves, ni d’espoir, ni d’envie.

Mais en prenant mon temps, j’ai apprivoisé l’idée, et j’ai même commencé à l’adorer, cette idée. Tout simplement parce que ce qui s’est imposé entre nous, c’est qu’on n’a besoin de personne pour nous dire ce qu’on sait : qu’en nous, on est déjà mari et femme.

Et si c’est à cela que servent les fiançailles alors je le dis, il ne faut pas hésiter à prendre son temps. Résister à la pression, faire exactement comme on veut.

Et savoir que le mariage qui suivra ne sera rien d’autre qu’une célébration de cet amour, qui existe déjà. Le mariage n’enlèvera rien, et ne créera rien qui n’est déjà là.

Pour moi, c’est une révolution et un vrai esprit d’ouverture à la beauté d’être unis et à la simplicité de la vie. Avec cette idée en tête, ce sera probablement beaucoup plus facile d’imaginer un jour J qui nous corresponde, de fixer une date qui marche pour tout le monde, et de pouvoir s’écrier quand plus personne n’osera nous le demander : “On a une date !”