Maintenant que l’excitation de la demande en mariage commence tout juste à retomber, je commence à sérieusement réfléchir au jour J mais aussi à la signification du mariage. J’ai envie de me marier, mais de là à savoir si ce sera un mariage civil, religieux, ou quelque chose de complètement différent… on est encore dans le flou.

Ma copine Laura s’est mariée l’année dernière, et quand je lui ai posé des questions à ce sujet, elle m’a dit que oui, ils avaient organisé un mariage, mais que Kevin et elle n’étaient pas vraiment mariés. Ils ont décidé de se passer des formalités administratives, et de simplement fêter leur relation et leur engagement entourés de leurs amis les plus proches et de leur famille. J’ai bien aimé son expérience et sa philosophie du mariage que j’ai trouvée moderne, et je me suis dit que ce serait sympa de partager ça avec vous.

Laura Nolte | Mariés, mais pas vraiment.

Durant les mois qui ont précédé mon mariage l’année dernière, j’ai entamé une profonde réflexion sur les unions, les cérémonies, et même le divorce. J’ai essayé d’analyser ce qu’est le mariage et de trouver comment éviter les pièges dans lesquels beaucoup de couples – la plupart ?- tombent. J’ai observé amis et parents, repéré des schémas récurrents, et essayé de mettre au point un plan, ou plutôt un cadre, pour éviter les obstacles inévitables auxquels font face tous les mariages. Bien sûr, si je me relis dans trente ans, tout ça me fera bien rire, mais il fallait que j’essaye. On sait tous que la vie peut être imprévisible ; les situations changent, nos goûts évoluent, l’insouciance s’installe et soudain, on se retrouve dans une situation qu’on n’aurait même pas imaginée avant. Et pourtant, concernant la relation que j’entretiens avec mon mari, je suis déterminée à mettre au point un système pour nous éviter d’échouer.

Première étape : ne pas se marier.

La plupart des 80 amis et parents qui ont assisté à notre mariage dans les Îles Vierges britanniques il y a un an ne savent pas que Kevin et moi n’avons signé aucune formalité administrative. Nous avons demandé à notre proche ami Lucas d’officier la cérémonie et quand il nous a demandé s’il devait être reconnu par l’église, nous avons haussé les épaules : à quoi bon ? C’est justement la question que je me pose depuis mon plus jeune âge. Le mariage est une institution légale que nous avons appris à considérer comme absolument normale. Pourtant c’est un système défaillant : des millions d’Américains dépensent près de 50 milliards de dollars pour financer leur mariage et la moitié d’entre eux encore 50 milliards pour financer leur divorce.

Je comprends les milliards dépensés pour une grosse fête, mais la partie divorce me paraît superflue, alors on s’est dit : est-ce qu’on pourrait simplement ne pas signer au bas de la page ?

L’amour que je ressens pour mon mari est indescriptible. Nous sommes ensemble depuis plus de six ans et il ne cesse de m’impressionner, de me soutenir, et de m’aimer. Sans l’ombre d’un doute, c’est l’homme avec lequel je veux passer ma vie entière. C’était important pour moi de proclamer notre amour mutuel pendant une cérémonie, en présence de tous nos amis et de nos familles. Je voulais montrer à tout le monde à quel point j’aime cet homme. Regardez ! J’ai gagné le gros lot ! Et en partageant notre affection et nos vœux devant tous les gens que nous aimons, ils ont béni notre relation. Rien n’a plus d’importance pour moi.

Ai-je besoin de la bénédiction de l’État pour rendre ce moment encore plus légitime ? Absolument pas.

En fait, notre conception du mariage est peut-être encore plus traditionnelle que d’autres formes de mariage. Stephanie Coontz, l’auteur d’Une histoire du mariage, a écrit : « Chez les Pygmés Mbuti du Congo, un couple est considéré comme marié après deux saisons de vie commune. » Par contre, chez les Gururumba de Nouvelle-Guinée, « manger ensemble un plat cuisiné est considéré comme l’équivalent d’avoir un rapport sexuel. » Je pense qu’on tient une piste…

Kevin m’a définitivement conquise grâce à ses talents de cuisinier. Je me souviens encore du premier plat qu’il m’a préparé : canard et faisan. Mes amis étaient tellement impressionnés qu’au début de notre relation, le nom de code de Kevin était l’affectueux « Canard ». Le fait de régulièrement s’offrir de délicieux repas a beaucoup contribué à ce que nous soyons ensemble. Les anecdotes de Coontz nous montrent que l’engagement et l’intimité peuvent être interprétés de différentes façons. C’est un principe de base dans notre vie personnelle et dans notre relation : il existe des tas de façons de faire les choses et il est absolument essentiel de respecter ces différences, même quand elles évoluent.

Historiquement et culturellement, il existe des centaines de façons d’interpréter la notion de mariage. Dans notre société occidentale, pourquoi l’union validée par l’Etat est-elle la seule à être considérée comme un « mariage légitime » ? Caroline de Maigret rappelle cette idée dans le podcast de Garance. Elle est en couple depuis 18 ans et a un fils avec son conjoint. Pour expliquer pourquoi elle n’est pas mariée elle dit : « J’aime l’idée de pouvoir partir demain. J’aime l’idée qu’il pense que je peux partir demain » et toutes les femmes présentes dans la pièce rient. Elle continue : « J’ai un enfant avec cet homme, je suis liée à lui pour toujours. J’aurais pu me marier, mais d’une certaine façon, j’ai l’impression que comme ça, chaque jour est nouveau. »

Ça résume parfaitement ce que je pense. Je crois que beaucoup se laissent aller une fois mariés. C’est facile de se reposer sur ses acquis, de prendre ses aises et de ne plus faire autant d’efforts. Parce que, franchement, quel est le pire scénario ? Le divorce ! Qui veut affronter ça ? Faites-moi plaisir, regardez Divorce Corp. qui explique bien mieux que moi le business derrière le divorce en Amérique. C’est fascinant de voir à quel point il est facile de se faire mettre la bague au doigt, mais long et coûteux de divorcer. Comme l’explique le documentaire, le système est corrompu, il a été détourné par les avocats qui essayent de l’exploiter autant qu’ils le peuvent. Quoi qu’il en soit, je suis persuadée que les gens sont plus attentifs quand ils savent que tout peut changer du jour au lendemain.

Je blague souvent en disant que le fait de se marier devrait prendre autant de temps que celui de divorcer. On devrait faire remplir aux futurs époux un questionnaire à la mairie pour savoir à quel point ils connaissent leur conjoint. Ou bien avant qu’ils échangent leurs vœux, on devrait demander aux couples de répondre à ce questionnaire du New York Times.

Les raisons les plus courantes qui poussent les gens à se marier tournent autour de l’argent. Si on creuse un peu, ça devient flou, parce que chaque situation est unique. Avant de commencer, voici les raisons évidentes pour lesquelles on devrait se marier :

– Un des deux conjoints possède bien moins d’argent que l’autre.
– Un des deux conjoints est malade, ou simplement ne supporte plus le rythme métro-boulot-dodo et a besoin ou veut arrêter de travailler.
– Il ou elle est favorable au mariage et n’a rien mentionné à propos d’un contrat prénuptial – [bruit de tiroir caisse] !
– Et enfin, bien sûr, la nationalité. Aux USA, on permet à votre conjoint de rester dans le pays si vous vous mariez. Pour moi, cette fréquente love story à l’américaine est assez romantique.

Il y a des centaines d’avantages. Tout le monde devrait prendre la peine de lire attentivement toutes les clauses du contrat, parce que ces avantages pourraient ne pas s’appliquer à tous. Si je devais faire une estimation, je dirais qu’un tiers de ceux qui veulent se marier n’entrent pas dans cette catégorie. Ajoutez à ça que le taux de réussite d’un mariage américain revient à jouer à pile ou face et que le divorce, c’est comme une rupture, mais en bien plus coûteux, et l’argumentaire pro-mariage en prend un coup.

Ma découverte préférée : il existe ce qu’on appelle une « pénalité au mariage ». C’est le contraire d’un « bonus au mariage », tu paies plus d’impôts parce que tu as dit « oui » à la mairie. Le New York Times propose un calculateur qui permet de savoir si vous et votre conjoint allez payer plus ou moins d’impôts. Dans notre cas, on aurait dû payer au gouvernement environ 5000 dollars d’impôts en plus par an parce que nos revenus cumulés nous faisaient passer dans la tranche d’imposition supérieure.

Hormis ce fait assez drôle, notre adorable comptable (Kevin et moi avons le même), nous a gentiment encouragés à nous marier. Euh, pourquoi ? Notre « pénalité au mariage » avait le montant de vacances 5 étoiles à l’autre bout du monde, sous les Tropiques. De toute évidence, il fait partie de ces gens qui pensent que « c’est la meilleure chose à faire ». Évidemment, il vient lui aussi de divorcer.

Qu’on ne se méprenne pas, Kevin et moi avons failli nous marier quand j’ai dû vendre mon appartement. Si ma plus-value, c’est-à-dire le profit que je faisais grâce à la vente, avait été plus importante, j’aurais épousé Kevin sur le champ juste pour éviter d’avoir à payer une somme carrément obscène en impôts (les couples mariés ont un crédit d’impôt deux fois supérieur). C’est un des rares cas où l’on peut tirer avantage du mariage immédiatement. Mais il est probable que la plupart des gens ne profiteront pas des avantages financiers du mariage parce qu’ils divorceront avant d’avoir hérité de quoi que ce soit ou pu bénéficier de la sécurité sociale de leur conjoint. Ceci dit, je ne suis ni avocat ni comptable, et chacun a une situation unique qui mérite d’être minutieusement analysée.

Dernière question la plus courante qu’on me pose : et le droit de visite en cas d’hospitalisation ? Vous n’avez qu’à remplir les formulaires adéquats et le père de votre enfant, votre meilleur ami, votre coloc, votre teinturier ou n’importe quelle personne de votre choix pourra venir vous rendre visite quand vous serez alitée au Mont Sinai Hospital. Incontestablement, être « marié pour de faux », comme mes charmants amis aiment à dire, ça ne va pas sans formalités administratives. Mais il est bien plus simple de mettre un terme aux formalités que vous avez choisies que de mettre un terme à un contrat de mariage.

Rien ne vous vaudra un regard désapprobateur plus rapide que celui que vous aurez quand vous annoncerez à vos amis que vous songez à ne pas vraiment vous marier. Nos amis étaient purement et simplement abasourdis. J’ai dû me justifier tant de fois que mon explication ressemble désormais à un elevator pitch bien ajusté, confiant et spirituel. Bizarrement, il y a quand même des jours où la panique me gagne : « On devrait officialiser ça. Demain. » Généralement, ces sentiments surgissent de nulle part. Ils ne se manifestent pas quand Kevin et moi sommes séparés ou suite à une dispute. Je ne peux pas les expliquer, sauf en me disant que ce sont les normes sociales qui murmurent à mon oreille que notre relation est illégitime. « Est-ce que c’est une très mauvaise idée ? Est-ce que je suis une connasse ? »

Il y a quelques temps, j’ai vu que Hannah Henderson, la propriétaire de General Store, avait posté cette note adorable sur son feed Instagram :

Aujourd’hui, cela fait 14 ans que John et moi sommes ensemble. Ce n’est pas toujours parfait, malgré l’apparence de nos feeds Instagram. Mais notre couple est solide et nous sommes reconnaissants pour bien plus que notre longévité. Je recommande de ne pas se marier, nous ne le sommes pas. En tant que femme et mère, j’estime que mon individualité et mon indépendance sont aussi importantes que ma relation et mon rôle de mère. Ne pas être une épouse m’aide à faire cohabiter toutes les facettes de ma personne. Nous ne sommes pas liés par la loi ou par un contrat, seulement l’engagement de grandir ensemble et d’élever nos enfants et de faire de notre mieux pour ne pas gâcher tout cela.

Ça a été un réel soulagement de lire ça. Merci. Je ne suis pas une connasse.

Tous les instants magiques de notre relation – les petits matins remplis de câlins, les dîners cosy sans fin, les textos adorables au milieu de la journée – le fait de se marier les rendra-t-il permanents ? Non. On sait tous que les formalités administratives ne garantissent en rien l’avenir. Je crains plutôt que ça ne détériore la situation. Surtout pour Kevin et moi, car nous sommes mus par un désir de liberté. Être en couple, ça demande un travail ardu, de la prévenance, de l’attention, et des sacrifices. Et quand bien même on a coché toutes les cases, l’avenir n’est pas garanti. Et franchement, transformer tous les délicats éléments qui font notre relation en un contrat, c’est tout sauf sexy.

Malgré tout, si un jour Kevin rentrait à la maison et me disait : « J’ai changé d’avis, je veux me marier demain », vous imaginez bien que je marcherais jusqu’à la mairie sans l’ombre d’une hésitation. Après une longue conversation, bien sûr. Mais j’aime cet homme, et je ferais tout pour le rendre heureux. Et je pourrais moi aussi changer d’avis un jour. J’aime le conseil de Dan Savage en la matière : il suggère aux couples de réévaluer leur mariage/relation tous les 5 ans, et de re-dessiner les termes de leur entente. Un jour peut-être je souhaiterai me marier, pour des raisons qui m’échappent pour le moment. En attendant, je vais savourer le fait que mon mari et moi avons choisi d’être l’un avec l’autre, jour après jour, et que cela n’a rien à voir avec l’État, que cela ne tient qu’à nous et à notre volonté.

En permettant aux choses d’être fluides, et en respectant le fait que nous sommes tous les deux des individus en perpétuelle évolution, j’espère créer une relation durable. C’est un projet très personnel et intime. Un projet qui ne peut, pour l’instant, s’appuyer sur un contrat de mariage. Nous allons continuer de nourrir nos esprits et, en retour, notre relation, sans formalités administratives. Nous allons nous prélasser dans la liberté et nous soumettre à ses incertitudes. Avec un peu de chance, nous réussirons à préserver la magie de cette vie jusqu’à la fin de nos jours. Et si jamais les choses tournaient mal, au moins nous aurons tous les deux économisé de l’argent en ne faisant pas de déclaration commune et en ne payant pas d’avocats et à la place, nous pourrons nous offrir un dîner décadent, rempli de canard, de faisan, de vin coûteux, et nous porterons des toasts aux jours heureux. Et puis, j’imagine, nous finirons par être les meilleurs amis du monde. Je sais au plus profond de moi, qu’indépendamment de ce que nous appelons notre relation, je ne pourrai vivre sans Kevin.