J’adore vivre à LA. Il fait beau, il y a de l’espace, il suffit d’y poser un pied et on se sent tout de suite beaucoup plus healthy. Je n’ai jamais été autant en pleine santé, je rayonne, je respire, je…

Nan, je rigole.

J’ai été tellement occupée par le déménagement depuis que je suis arrivée que je n’ai absolument rien fait pour prendre soin de moi. Certes, j’ai fait un cours de yoga pour débutants et je passe le plus clair de mon temps au très vegan Café Gratitude, mais ça s’arrête là. Contrairement à janvier dernier, où je courais tous les jours sur Venice Beach, où je faisais tout en vélo et où je prenais des cours de Pilates comme si ma vie en dépendait, là, j’ai l’activité physique d’une huître. Une huître qui promène son chien, quoi.

Oui, on sait qu’on est sur une mauvaise pente quand on commence à compter “faire le tour du bloc avec son chien” dans la case activité physique.

Ça ne me poserait pas plus de problèmes que ça, si je n’avais pas pour fiancé LE MEC LE PLUS HEALTHY DE LA PLANÈTE. Ok, j’exagère. Mais quand même.

Depuis qu’on est arrivés, Chris :

A acheté un juicer et s’est mis à juicer comme un pro.
A arrêté de fumer.
Surfe environ deux ou trois heures par jour.
Quand il ne peut pas surfer, va courir.
Fait de la muscu, mais sans se la péter “je fais de la muscu”. (très important)
A arrêté de manger de la viande.
N’a pas bu un verre d’alcool.
Veut se mettre à méditer (oui vouloir ça compte quand on a autant de détermination que lui. S’il le veut, il le fera.)

Je vous jure que c’est vrai. Et c’est tellement magnifique, fait avec tellement de naturel, que carrément ça me fout les boules, à moi. Il est bronzé, musclé, aminci, détendu, toujours prêt à me faire un jus.

Exactement la personne que je voudrais être, quoi, sauf que non, pas là non.

Moi, si je faisais tout ce que Chris fait en ce moment, vous le sauriez. Je veux dire, le monde entier serait au courant. J’en parlerais à longueur de journée, je ferais comme Oprah, un livre entier sur la “nouvelle moi” (sponsorisé par Weight Watchers) des posts larmoyants sur comment j’ai enfin trouvé mon équilibre et comment vous aussi, vous pouvez faire comme moi, tout ça.

Pourtant, rendons à César, c’est moi qui avais commencé le mouvement, quand même. J’ai définitivement arrêté de fumer l’année dernière, je médite au moins une fois tous les mois qui comptent 29 jours (c’est comme promener le chien, ÇA COMPTE), et j’ai super hyper, hyper ENVIE d’être super healthy.

D’ailleurs, c’est grâce à moi qu’il s’est mis à juicer, et qu’il a arrêté la viande. Oui parce que j’ai passé les vacances de Noël à regarder TOUS les documentaires sur la nutrition de Netflix, en faisant des plans sur la comète sur comment j’allais uniquement me nourrir de plantes que j’allais faire pousser dans mon jardin (???), ne plus jamais aller dans un supermarché de ma vie et bien sûr, ne plus JAMAIS avaler un gramme de protéines animales et de sucre, puisque le sucre, c’est le diable, et c’est pire que la cocaïne, etc… Selon Netflix.

Puis très vite je me suis ravisée, j’ai entonné mon slogan : “MODÉRATION !!!” (ok c’est juste un mot, un peu court pour un slogan) le slogan le plus traitre qui existe au monde, parce que pratiquer la modération est un truc pour les gens à self-control exceptionnel ce que je ne suis pas, comme vous l’avez parfaitement compris.

Lui il jetait juste un oeil distrait vite fait à mes docus, il ne disait rien.

Puis il a commencé à juicer, inspiré par les documentaires.

Puis un jour il m’a dit : “Je crois que je vais arrêter la viande. Je ne peux plus regarder Lulu dans les yeux et ressentir tant d’amour et après, aller manger un steak.

Quelle différence entre une vache et Lulu ? Hein ? Quelle différence !!??!!??!!??”

C’est vrai, Lulu a des yeux de biche irrésistibles et on l’aime comme si on l’avait faite.

Puis il a dit : “Quand j’arrive à LA j’arrête de fumer.”
Et on est arrivés à LA, et il s’est arrêté de fumer.

ET LA LISTE CONTINUE.

Et ce n’est pas du tout comme si il était parti d’une base super prédestinée à la super healthysation : à New York, il pouvait se nourrir de pizzas pendant des jours entiers (sous mon oeil réprobateur), il pouvait passer des mois sans enfiler une paire de baskets (sous mon oeil réprobateur) et, full disclosure, il fumait sa e-cig comme un pompier, on aurait dit que je m’étais fiancée à Dark Vador (pour ceux qui connaissent le bruit particulier que produit la e-cig, vous voyez ce que je veux dire.)(le tout, évidemment, sous mon oeil réprobateur).

[Interlude Yoga Pants en direct de Café Gratitude : Les enfants, j’adore la mode cool de Los Angeles mais le nombre de femmes qui se baladent en yoga pants du soir au matin est quand même alarmant.]

Maintenant, je ne sais plus du tout quoi faire de mon oeil réprobateur, résultat, je suis obligée de l’emmerder un petit peu sur ses chaussures qui trainent dans le salon, ce qui montre à quel point je ne suis pas du tout détendue.

Quant à lui, il reste vraiment très très chic à mon égard et je n’ai perçu aucun regard réprobateur depuis le début de ma débâcle. Je ne sais pas comment il résiste, parce que moi je ne me serais pas gênée pour lui sortir des leçons de vie (“Je me sens tellement mieux depuis que je suis canon tu devrais essayer !!!”) si j’étais à sa place.

Il faut croire que contrairement à moi, en plus d’être au top de sa forme, mon mec n’est pas une connasse.

Je vous préviens d’avance, je n’ai aucune conclusion heureuse et émouvante à ce post.

Je suis là, toute frustrée, admirative et incroyablement jalouse de cette transformation. Je regarde mon phénomène de chéri avec la même curiosité que quand je regardais Netflix, avachie dans sur mon canapé pendant les vacances de Noël, à manger du chocolat noir 90% (petite voix plaintive : “c’est trop dur d’arrêter !”)(autre petite voix : “oui mais c’est du 90% c’est pas pareil, c’est bon pour la santé”)(troisième petite voix “oui enfin si tu mange deux tablettes de 90% je te fais le calcul direct de ce qui va atterrir sur tes hanches si tu veux”)

Je me rassure en me disant que la semaine prochaine, je vais trouver un super cours de Pilates, me mettre au surf, aller au famers’ market, et exprimer au monde la meilleure version de moi-même, comme on dit ici.

Ou la semaine d’après, plutôt ?