Les vacances, les vraies.

J’avais presque oublié ce que c’était, les vacances. Ces dernières années pour moi, les vacances idéales, c’était devenu très simple. L’idée d’une plage me suffisait. Rien à faire, personne à voir, un bon bouquin, et tout faire pour avoir l’impression de regarder le temps passer. Rechercher l’ennui, presque.

D’ailleurs Chris, toujours à l’arrière plan à courir du matin au soir avec son surf et ses cannes à pêche se demandait parfois quel était mon trip dans la vie. Ce à quoi je répondait : Ben, NE RIEN FAIRE DU TOUT !!! Pourquoi ?

Je pense que je devais être un peu surmenée, et j’étais d’ailleurs sur le point de repartir pour un tour, cocktail dans une main et sunscreen dans l’autre quand soudain, entre l’adoption de notre petite chienne (qu’on avait envie d’emmener avec nous) et le Zika, l’idée de partir au bout du monde pour se planter sur une plage exotique nous a semblé moins alléchante.

Du coup, à la dernière minute j’ai proposé un voyage dont j’avais toujours rêvé, un road trip en Californie, dans un combi Volkswagen.

Ouais, je suis comme ça, j’ai un côté hippie, moi. Qu’est ce que vous croyez.

Bref, en deux temps trois mouvements c’était organisé, et quelques semaines plus tard, on faisait nos valises.

Ou plutôt, j’étais en train de faire mes essayages, devant l’oeil goguenard de ma soeur Sacha, 22 ans, qui passe l’été à New York et ne comprend pas du tout comment sa grande soeur grande prêtresse de la mode peut s’exciter à ce point sur un trip camping, “tu faire comment pour prendre ta douche déjà ?”.

Mais ça, c’est parce que ma soeur ne comprend rien. Une grande prêtresse de la mode voit TOUT moment comme l’occasion de concocter une série de mode dont elle serait l’héroïne.

Donc la, c’était la série de mode numéro 18, “Garance Part En Camping” que j’étais en train de réaliser sous ses yeux. Et pour la douche, Sacha, sache qu’il y a des douches dans les campings. Et les lingettes, ça existe, oh.

(En même temps je vis avec ma soeur depuis quelques semaines et – bon, je sais qu’i fait chaud à New York et qu’on transpire mais – elle prend un nombre de douches qui me surprend quand même beaucoup. Genre là, je ne suis pas allée dans la salle de bains, mais c’est probable qu’elle y soit, en train de prendre une douche. Bref.)

Donc j’étais partie sur une vibe “camping dans ambiance fin 70 – début 80” à base de tee-shirts vintages et de petits shorts et grands sweaters Fruit Of The Loom. J’aurais pu opter pour une ambiance plus radicale “trekking technique et sexy” (Sac à dos et short khaki, Mario Testino est top pour shooter ça) ou un look “athlesure et avocado toast” (pantalon de yoga avec coucher de soleil imprimé et sweater à message) mais j’avais déjà les tee-shirts imprimés et puis merde, c’était la Californie, quoi !!!

Bref, nous sommes partis, Lulu sous le bras, nous avons atterri à LA et quelques heures plus tard, nous étions dans notre van (pour des raisons stylistiques, j’aurais préféré qu’il soit vintage et coloré, mais pour des raisons pratiques, il datait des années 90, avait la clim et pouvait supporter de monter une côte.)

Mince. Où en étais-je dans mon post et quel était mon message… ?

AH OUI pardon. LES vacances donc, LES VRAIES.

Nous sommes partis avec des étoiles dans les yeux, quelques endroits à visiter mais alors absolument rien de booké. Oui vous avez bien lu. On était en plein mois de juillet et on n’avait mais alors aucune idée d’où on allait passer nos nuits.

Non parce qu’un van c’est bien sympa et oui on peut dormir dedans mais il faut le garer, quand même. Bah.

Moi j’avoue, non mais vraiment ce n’est pas pour me la jouer cool ou quoi, mais j’avoue, j’étais cool. Les voyages à l’arrache, avant, c’était un peu ma spécialité.

J’ai fait le tour de l’Europe en stop, campé au Portugal, fait le tour de Corse en scooter et tente, et un jour (bon ok c’était après une grosse fête et on ne sait pas trop comment on en est arrivées là) mais un jour, ma bande de copines et moi, on a dormi sur un rond-point.

On avait pas capté que c’était un rond-point, on croyait que c’était un petit coin calme pour garer notre voiture et nous reposer avant de conduire pour la nuit. Le matin, on a été réveillées par les klaxons sur ce qui était donc un rond-point en plein embouteillage au beau milieu de Barcelone.

Chris, qui je l’espère, n’est pas en train de lire ce post (Hey chéri, j’ai fait un banana bread il est dans la cuisine il est trop bon vas-y fonce)(on peut toujours essayer la distraction non ?) était légèrement moins cool. C’est peut-être parce qu’il est un homme responsable qui veut être sûr que sa famille dort bien au chaud, mais il tenait absolument à ce qu’on trouve un camping organisé pour passer la nuit. Moi j’étais là, en mode anti-responsable “mais non viens on se gare n’importe où, on dort, on trouvera un camping quand on trouvera un camping”. Bon je ne mesurais absolument pas la galère que c’est de trouver un endroit où se garer autour de la Highway 1, hein. Bref on était, euh, au mieux approximatifs dans notre approche du camping.

Autant vous dire que les premiers jours, ça a été un peu tendu. Les vacances en mode aventure, ce n’est pas pour tous les couples. En gros, on teste nos limites, pour user d’un doux euphémisme.

C’est à ce moment de mon post que j’ai envie de vous rappeler à mon intro et ce qu’avaient été mes vacances depuis quelques années, plage, hotel sublime et caipirinha.

ON EN ÉTAIT BIEN LOIN.

Attention, c’était sublime, hein. La beauté de la côte Californienne, ses couchers de soleil, ses dauphins souriants et bondissants, ses surfeurs sexy, ses In & Out Burgers (meilleur burger de Californie) ne sont pas un mythe et nos journées étaient quand même assez proches de la perfection. On avait pas encore atteint Big Sur et déjà on était au paradis.

En plus, ma fashion story allait bon train. Mes looks étaient parfaits, j’avais même trouvé un petit bandana pour contenir l’explosion capillaire annoncée, j’étais cute, je bronzais à vue d’oeil, même ma pédicure était là, fidèle, bien décidée a passer les vacances avec moi.

Un matin, juste avant d’atteindre Big Sur, on s’est arrêtés à Morro Bay, où une grande plage de surfeurs s’étend sur des kilomètres.

Ça faisait déjà deux jours qu’on avait quitté LA (Oui, Big Sur est à 4 heures de route de LA, mais on avait décidé de prendre notre temps) et même si nos nuits n’avaient pas été fameuses, campées en rang d’oignions dans des campings absolument pourris trouvés à la dernière minute, on avait commencé à comprendre le truc : le matin on ouvrait l’oeil, on démarrait notre van, on se mettait en route et on allait faire notre petit dèj à la plage, comme des pros.

La petite cuisine équipée de notre van était parfaite. Je me faisais mon thé, mon bol de fruits et mes céréales, Chris se faisait ses oeufs et son bacon, je mangeais ses oeufs et surtout son bacon, il me regardait de travers et refaisait du bacon, et tous les surfeurs nous regardaient d’un air admiratif (mais quel est ce couple idéal avec leur chien adorable qui en plus possède un combi Volkswagen ???) et venaient nous parler. (Ce qui est un trait américain que j’adore, non, deux traits américains que j’adore : 1/ On parle naturellement aux autres et les autres nous répondent naturellement 2/ quand on admire quelque chose, on le dit au lieu d’être jaloux) et on leur offrait le café (bon ok j’en rajoute. Je n’ai pas tant offert le café que ça, parce qu’aux US tout le monde à son café greffé à la main à tout moment, je me demande comment ils n’ont pas encore inventé un mug qu’on peut accrocher sur un surf histoire de s’envoyer une coup de Starbucks en pleine vague).

LE TOP, NON ?

Grave le top. Et le encore plus top, c’est que ce jour là, à Morro Bay, Chris est allé parler avec un surfeur et est revenu avec le truc qui a changé notre voyage : un attache-mug pour manche de surf les coins camping secrets dudit surfeur (que je ne vous donnerais pas, même pas sous la menace, sinon je vais être haïe par les surfeurs sur quatre générations et déjà que je n’en mène pas large sur les vagues, je courrais à ma perte).

Et là, notre voyage est passé de “ok, c’est pas mal cette histoire” à “C’EST MAGIQUE OH MY GOD I LOVE YOU BABY WOOOOOOH!”

Interlude “Mais pourquoi du camping, Garance !? Et tu vas comment aux toilettes ???”

Bon, ok, je vais essayer de répondre à cette question honnêtement.

Parce que j’ai passé trois heures sur la plage, un jour, à essayer de trouver la réponse. D’où ça vient cette envie de galérer alors que je pourrais aller faire du glamping dans des yourtes au Treebones Resart (800$ la nuit pour une expérience probablement sublime mais quand même dans une tente, quoi) ?

Est-ce que c’est vraiment moi, ça ?

N’ai-je pas atteint un âge où je devrais me balader en mumu, autour d’une piscine sexy, la peau huilée, avec un air satisfait de ma vie ?

Et j’en ai conclu que oui, c’est vraiment moi. Une part de moi que je n’ai pas trop exploré ces dernières années certes, qui a grandi en Corse dans la nature la plus totale et n’a pas peur de se laver dans la mer pour quelques jours (pas peur du tout).
Mais surtout, une part de moi qui a besoin d’aventure, de ne pas savoir de quoi l’heure prochaine sera faite. Je pensais qu’avec les années je n’avais plus trop envie de tout ça, mais c’est vrai que depuis que j’ai rencontré Chris qui aime lui aussi la nature plus que tout, ça m’a rappelé à moi.

Et ça m’a aussi rappelé à quel point il est possible de s’oublier dans les autres. Je n’en dirais pas plus, mais de plus en plus, je comprends à quel point il est important d’être connectée à soi-même et de ne pas se perdre, de ne pas s’oublier.

Quant aux toilettes, ben quoi, on fait avec ce qu’on a !

Fin de l’interlude.

Donc soudain, suivant les secrets su surfeur, nos nuits sont devenues aussi sublimes que nos jours. Plus on s’enfonçait dans Big Sur, plus on perdait notre connection avec le monde (au propre comme au figuré : plus de connexion téléphonique) plus nos campings étaient sauvages, plus ils étaient sublimes.

Moins ma série de mode fonctionnait (il fait froid à Big Sur, on ne peut pas se baigner, et dès qu’on montre dans les hauteurs c’est une chaleur aride et des insectes nous mangent les mollets, donc les petits shorts sexy sont restés au fond de mon sac. Quant à ma manicure, elle a fini par se faire la malle le jour où j’ai fait une randonnée avec des baskets remplies de sable, quand à mon kit maquillage, hahahahahaha c’est tout ce que j’ai à en dire), plus s’espaçaient les douches, plus je m’en foutais. Plus on était heureux, connectés. Connectés à nous mêmes, à la nature, aux étoiles, à notre petit chien courant à en perdre haleine sur des plages immenses, désertes et sublimes.

On a eu plein de galères. Notre van s’est cassé et en plein milieu de nos vacances, on a du retourner à la ville pour le déposer et louer une voiture. Mon rêve de combi Volkswagen était fini, mais en fait, avec une voiture c’était aussi bien. Notre chienne s’est enfoncé un hameçon dans la langue, mais on l’a sauvée…

Mais on est rentrés plus heureux, plus calmes, et plus au clair que jamais.

Et plus crades que jamais, ok ok.

Big Sur est sublime. Et vraiment, vraiment, être dans la nature nourrit nos âmes, j’en suis sûre. M’y immerger le plus souvent possible est devenu l’une de mes intentions. Mais ce qui a été le plus merveilleux, c’est la déconnection, l’aventure, la découverte.

La déconnexion parce que c’est dingue ce que nos téléphones ont changé nos vies. Nous sommes constamment publics, branchés aux autres, et c’est de plus en plus dur d’être proche de soi-même et de ceux qu’on aime, de savoir ce qui est a de la valeur pour nous, ce qui compte pour nous… Tellement nos cerveaux sont encombrés par des gens que l’on ne connait pas et des choses qui ne nous regardent pas. Et le pire c’est qu’on croit en être conscient – mais il n’y a qu’en débranchant vraiment que l’on peut comprendre à quel point on est tous devenus addicts.
Etre coupé du monde pendant 10 jours, c’est probablement le plus chouette cadeau que l’on puisse se faire, à soi et à son couple.

L’aventure, parce que bon, même si on n’était pas en mode tour du monde en bateau, ne pas trop savoir de quoi les journées vont être faites, n’avoir rien de planifié, d’organisé, ça crée un nouvel espace dans la tête, ça ouvre la porte aux surprises… Et ça montre aussi que la plupart du temps, même quand on ne les contrôle pas à la seconde près, les choses se passent bien.

Les vacances, les vraies, parce qu’en plus de revenir rechargée, nous en sommes revenus changés, avec une nouvelle perspective, un nouveau rapport à nous-mêmes et si j’ose, à la vie.
Ça ne veut pas dire que je ne partirais plus en mode plage et cocktails, mais ça veut dire que de temps en temps, sortir un peu de ses habitudes, aller voir ailleurs si on y est, c’est incroyablement important.

Pour voir mes photos de Big Sur avec les descriptions en détail, vous pouvez aller sur mon Instagram!