fafi artist fabienne saincry career garance dore photos

Career / Fafi

2 years ago by

J’ai toujours été fascinée par le travail de Fafi. Ses poupées hyper subversives – mais aussi son courage : aller peindre sur les murs au milieu de la nuit, c’est une chose que je n’aurais jamais pu faire.

Le street art c’est un monde de mecs, et elle, elle y est entrée avec une espèce d’explosion de féminité. Elle m’a beaucoup inspirée quand j’ai commencé mon travail d’illustratrice. Elle est tellement cool!

Du coup quand je l’ai rencontrée l’autre jour à Paris, je lui ai sauté dessus pour lui proposer une interview carrière. J’ai tout de suite aimé sa douceur et sa franchise désarmante – je savais que ce serait une interview vraie et passionnante…

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Vous êtes née à Toulouse… Quel métier rêviez-vous de faire lorsque vous étiez enfant ?
Quand j’étais petite, en fait, j’hésitais entre pute et bonne sœur.

Sans rire ? Comment avez-vous découvert les deux ?
En fait, j’ai toujours été hyper duale. Du coup, j’ai toujours eu ce petit problème sage/pas sage. Je ne dirais pas ange ou démon, parce que je déteste cette phrase qui est toute pourrie mais petite, je n’avais pas forcément une âme d’artiste mais par contre, très, très aventurière. Je rêvais d’être une CAT’S EYE…. Je rêvais par exemple, je lançais des ballons par mon Velux, j’espérais qu’un jour on découvrirait mes messages. J’espionnais, j’allais dans les maisons des voisins. J’ai toujours un goût très, très fort, pour l’interdit.

Les maisons des voisins, carrément !
De toute façon, j’étais très attirée par tout ce qu’il ne fallait pas faire. C’est le départ. Du coup, le côté peindre dans la rue, lorsque j’ai commencé à 17 ans, c’était parfait. Quelque chose qui mélangeait l’artistique et l’interdit.

Que faisaient vos parents ?
Ma mère était infirmière dans un hôpital. Elle s’est arrêtée de bosser pour nous élever ma sœur et moi. Mon père travaillait à la mise en page d’un journal, à Toulouse, qui s’appelle La Dépêche du MIDI. Pas du tout dans le milieu artistique.

Comment a commencé votre intérêt pour l’art ?
J’ai commencé à m’intéresser à l’art par le biais des magazines de mode, des photographes, Helmut Newton. Des choses qui déjà mettaient en perspective une femme assez puissante. Ensuite, c’est en fait, sur le chemin de l’école, quand je prenais mon Solex ou mon vélo et je regardais les murs du chemin de mon école et je voyais plein de graffitis, plein de tags et je me demandais, c’est ce qui me faisait fantasmer, qui faisait ça ? A quelle heure ?

Je trippais complètement sur ce milieu-là qui était visible et invisible à la fois. Visible par les passants et invisible parce que c’était furtif et parce que c’était fait la nuit.

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J’ai commencé à m’intéresser à l’art par le biais des magazines de mode, des photographes, Helmut Newton.

Vous avez étudié l’art à l’université? Qu’avez-vous fait comme études ?
Pas du tout, j’ai passé mon bac, avec option dessin. Après j’allais devenir infirmière. J’allais commencer l’école. Il n’y avait rien qui me plaisait vraiment. J’avais déjà commencé à peindre et je me disais que j’allais garder la peinture comme hobby. Avoir un boulot normal et garder la peinture pour le dimanche.
Et puis, en fait, ce sont les autres qui ont un peu décidé à ma place.

En même temps que je poursuivais des études d’infirmière, on a commencé à me faire exposer. J’ai rencontré des agents au Japon qui ont commencé à me faire bosser tout de suite.

Est-ce que vos parents vous ont soutenu dès le départ ?
(Rires) Non, non, j’ai eu des disputes violentes avec mon père lorsque je rentrais après avoir peint à 6h00 du matin. Non, non. C’était les passages par le commissariat, la police. On a plein de problèmes lorsque l’on peint dans la rue. Ce n’est pas un milieu qui est confortable pour une fille.

J’imagine. Vous faisiez partie d’un groupe ou vous le faisiez vraiment toute seule ?
Très souvent j’allais peindre toute seule. Je décidais d’aller peindre, alors je faisais le mur. Je laissais la porte du garage de mes parents ouverte du coup n’importe qui pouvait rentrer dans la maison. Ce n’était pas hyper ingénieux. Par contre, j’avais une acolyte au tout début, Kat, avec qui je peignais. On allait faire des toits toutes les deux. On était de vrais Cat’s Eye.

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On s’habillait, on avait des leggins, on était habillées dans des trucs super moulants. On allait grimper sur les toits. En fait, on repérait les toits dans la journée. Ce qui est génial sur les toits, en hauteur, c’est qu’on domine tout le monde, personne ne vous voit parce que les gens ne lèvent pas la tête en général quand ils marchent dans la rue.

Donc faire quelque chose de visible la journée et être hyper discrète, comme un chat sur le toit, c’était super.

Ce qui est génial sur les toits, en hauteur, c’est qu’on domine tout le monde…

Vous parliez des gens qui vous ont poussée à vous focaliser sur l’art. Avez-vous eu un mentor, une personne qui vous a guidée tout au long de votre carrière ou qui vous a donné un conseil particulier ? Quelque chose qui vous est resté.

Kat, c’est vraiment la personne avec qui j’ai commencé à peindre au début. Elle est un peu plus âgée, elle est très philosophe dans sa façon de voir l’art, elle m’a appris beaucoup de choses. Ensuite, j’ai toujours choisi des petits copains qui me poussaient vachement dans ce que je faisais mais je n’ai pas eu de mentor en particulier.

Je suis assez solitaire dans mon art. J’aime bien. Quand je me sens trop confortable dans un sujet, dans un domaine, j’aime bien passer à autre chose. C’est pour cela que j’essaie de faire pleins choses, des vidéos, de la BD… Dès que je m’ennuie, en fait, je change de support parce que cette vie passe très, très vite. Plutôt que d’avoir envie d’avoir du succès, je préfère me mettre en danger très souvent.

C’était une de mes questions. Pour les différents projets que vous avez réalisés, c’est vous qui allez les chercher ou plutôt des gens qui vous proposent quelque chose ou un peu les deux ?
Pendant très longtemps, j’ai simplement attendu que l’on vienne me voir. Et ça a marché. Toutes les plus grandes collaborations que j’ai faites avec MAC, Adidas, etc. On venait me chercher. Ce qui a donné lieu de ma part à un comportement… j’étais hyper merdeuse à l’époque… (Rires)

Intouchable…
Non, pas intouchable. Je bossais sur des projets qui niveau rémunération pouvaient me permettre d’être tranquille pendant trois ou quatre ans. Je ne répondais même pas aux e-mails de gens qui me proposaient du boulot, etc. Et j’étais devenue, je pense, assez merdeuse. Pareil, c’est assez rigolo de le constater. De s’en rendre compte et de se dire : « Attends, c’est peut-être pas bon karma ». Je me faisais un malin plaisir de ne pas dire un mot à un rendez-vous, par exemple. Des conneries comme ça. (Rires)

Ça a changé parce qu’on grandit et tout. J’avais 27, 28 ans. Je me faisais un malin plaisir de sortir les phrases les plus singulières à un rendez-vous, en face d’Américains. Ça me faisait marrer parce que je suis française.

Je vais avoir 40 ans dans quelques mois. J’estime que j’ai beaucoup pris de cette industrie ou du milieu dans lequel j’évoluais, j’ai beaucoup voyagé, j’ai fait des peintures partout. J’ai eu de super opportunités avec des marques qui m’ont permis de faire ma BD par exemple.

…que tout ce qui nous demande le plus de créativité est ce qui va nous rapporter le moins d’argent.

Maintenant, je suis plus dans une démarche de donner… A chaque fois que l’on venait me voir pour des collaborations, ça a toujours été un moyen pour moi d’aller plus loin, sur d’autres supports mais jamais je n’ai considéré que ça y était, que ma carrière était au top. Au contraire, j’ai toujours pensé, et c’est le cas pour beaucoup d’artistes, que tout ce qui nous demande le plus de créativité est ce qui va nous rapporter le moins d’argent. Pourtant ce sont ces projets-là qui nous font mûrir, nous font grandir.

Pour moi, les collaborations, c’est un moyen de faire autre chose. Ça m’offre une sécurité financière et après, je peux m’éclater sur d’autres trucs. Personne ne va les calculer mais ce n’est pas grave. Moi, ça me fait du bien. Ça me fait plaisir et ça me développe en tant qu’artiste et en tant que femme aussi.

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Justement, puisqu’on en parle, comment vous décririez une Fafinette par exemple ?
La Fafinette -étant donné que cela fait 20 ans que je la crée- elle se modifie, elle grandit avec moi, je dirais qu’elle a été une petite pétasse avec des gros seins, et pas grand-chose sur le dos. Et puis, elle a évolué vers un être plus défiant, une femme qui serait passée par beaucoup d’étapes dans sa vie. Elle a été tour à tour hyper affectueuse avec d’autres Fafinettes, et puis ensuite armée de battes de base-ball.

A chaque fois, ça correspondait aux périodes où j’en voulais aux garçons, alors là, c’était la période guerrière avec des battes de base-ball, des bombers. Puis quand j’étais dans une période où j’étais plus amoureuse, elles étaient plus câlines, plus cucul-la-praline.

Maintenant, elles sont… Ailleurs, c’est pour ça que j’ai fait de la BD. J’en avais assez de les voir juste sur un fond blanc, qu’elles soient juste en train de poser. J’ai commencé à en faire de dos, et puis on ne voyait plus leur visage. Tout ce qui faisait que c’était les Fafinettes, leurs attributs, je les ai supprimés, j’ai caché leurs poitrines. C’était plus intéressant de suggérer que de montrer. Plus fort. C’est intéressant de voir l’évolution.

…où j’étais plus amoureuse, elles étaient plus câlines…

Comment vous est venue votre idée pour créer cet univers-là ?
Alors justement, l’univers, je l’appelle le Carmine Vault, il est vraiment né en même temps que la BD quand j’en ai eu assez justement de les dessiner sur fonds blancs en train de minauder. Et puis je me suis dit, quel est cet univers ? Est-ce que c’est un univers qui existe sur une autre planète ? Quelle végétation est-ce qu’on y trouve ? Quels sont leurs comportements ? Comment elles respirent ? C’est sans fin. Quand on commence à rentrer dans ce truc-là, c’est comme inventer Fraggle Rock. Est-ce qu’il y a des souterrains ? Des univers parallèles, avec des êtres encore plus petits ? Est-ce qu’à l’intérieur des personnages inventés, il n’y en aurait pas d’autres qui pourraient exister ? C’est comme des tables gigognes.

La comparaison c’est ça : je mets une image de la collection de maquillage MAC, un jour, il y a genre 3 000 personnes qui aiment et le lendemain, je mets… ma BD, ou un nouveau clip que j’ai fait, et les gens s’en foutent complètement.

Ça passe de 3 000 à 25 petits likes ou commentaires. Pour un clip sur lequel j’ai passé un mois à me prendre la tête…

En fait, c’est aussi un questionnement, est-ce que le public va grandir avec toi ? C’est très important de ne pas donner aux gens ce qu’ils veulent ou ce qui marche pour nous. Il faut aussi les emmener avec nous dans le fait que l’on grandisse en tant qu’artiste. Mais après, ça me fait marrer. Je ne peux pas leur en vouloir parce qu’ils préfèrent autre chose… Je me dis que c’est cool, ce n’est pas pour rien si je fais ces démarches et que je me prends la tête. J’essaye de les amener avec moi.

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Vous avez justement beaucoup d’occasions de rencontrer votre public ?
Quand j’ai sorti la BD chez Rizzoli, j’ai fait un petit tour du monde pour les signatures. C’était hyper cool ! Ça, c’est des occasions. Après, il y a toujours les gens dans la rue.

Chaque fois que je vais quelque part, je rencontre des gens qui connaissent mon travail. A Amsterdam, la dernière fois, je suis tombée sur un groupe de filles américaines. Elles ont halluciné de me voir. Elles étaient trop contentes. Elles se sont prises en photo avec moi pendant que je dessinais.

Ça c’est fantastique ! De se dire, tu vas rester 3 heures dans une rue, et tu vas tomber sur des gens qui te connaissent, dans une ville qui n’est pas la tienne, ça c’est trop cool !

Est-ce qu’il y a un projet particulier que vous aimeriez faire ?
Le projet ultime que je rêverais de faire mais ce n’est pas encore pour tout de suite parce que je n’ai pas encore assez développé l’univers Carmine Vault des Fafinettes, ce serait un film d’animation.

Vous avez tellement de projets en cours que je me demandais si c’était vous qui faisiez tout le travail ou si vous aviez une équipe qui vous aidait à tout coordonner ?
Ça dépend des projets. Pour la BD je travaille avec Lolita Pille. Quand je fais des collaborations avec des marques, je travaille toujours avec l’équipe de la marque, ça c’est super. Et quand je fais mes vidéos, j’ai une équipe de production derrière moi. Ma boîte de prod qui me suit, les monteurs. Si par exemple j’ai besoin de faire un dessin en Illustrator, je ne sais pas le faire, je demande à quelqu’un.

Mais par contre, travailler à Paris n’a rien à voir avec la manière de travailler à New York. Je n’ai pas dix assistants, je n’ai même jamais eu un stagiaire. Je fais tout toute seule. Mais pour certains projets, je m’entoure de toute une équipe compétente, comme ça je peux me consacre uniquement à la création.

Si jamais j’avais dû apprendre à bosser sur des effets spéciaux cela m’aurait pris un temps fou avec un résultat que je peux obtenir plus rapidement avec des pros. Et puis, c’est super de travailler en équipe. Ça ne fait pas longtemps que j’essaie ça.

Vous utilisez beaucoup les réseaux sociaux. Je voulais savoir en quoi l’évolution des médias, d’Internet, de Facebook, Instagram, etc., a influencé votre travail. Comment vous utilisez ces nouveaux médias ?
Quand Internet est arrivé à Toulouse, en 1999, j’étais persuadée que c’était le Minitel en couleur. Par contre, j’ai évidemment vite compris l’intérêt du business. J’ai tout de suite fait mon site et c’est ce qui m’a permis de rencontrer mes agents au Japon, de voyager, etc., puisque c’était un book en ligne en fait. A l’époque, on se baladait avec des books que l’on achetait chez Graphigro où l’on collait des photos (10 x 15) des murs tagués, et c’était comme ça que l’on présentait son travail. Maintenant, il y a Tumblr, Facebook… en fait la reconnaissance que je cherchais à travers les peintures sur les murs, on l’a maintenant avec les réseaux sociaux.

On touche autant de gens, même plus que les passants dans la rue qui vont avoir la chance et le hasard de tomber sur une peinture. Maintenant, ça fait tellement partie de mon environnement que la prochaine expo que je vais faire sur Paris, c’est basé sur cet aspect.

Je ne sais pas si c’est bien ou si c’est mal. Je questionne l’environnement et je me dis qu’on a partout dans le monde le même environnement, ce cadre-là. Je me pose la question de la beauté des images, de l’original. En fait, j’ai toujours fait des expos avec des originaux de dessins ou de peinture, et on n’a plus besoin de faire des originaux. Si on veut, maintenant, on peut uniquement montrer des images numériques.

Vous avez appris toutes ces nouvelles techniques sur le tas ?
Je colorie surtout sur la tablette, j’aime bien l’aspect accidentel du dessin, il est très crade. J’aime bien garder les coups de gomme, le côté graphite du crayon. Je n’ai plus envie de faire du dessin pour du dessin, je veux dessiner dans le cadre d’une BD. Je ne veux plus faire de Fafinettes toutes seules, je veux les faire inter-réagir, dans un décor. J’essaye de passer à autre chose. J’explore.

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Lorsque vous voyagez, qu’emportez-vous comme matériel ? Par exemple pour faire ce mur, au Mexique, Dia de los Muertos?
En général je ne prends rien, à part quelques pinceaux que j’aime bien et avec lesquels j’ai l’habitude de travailler. Sinon, j’achète sur place. J’étais invitée à peindre, il y avait tout un système d’échafaudage. C’était hyper haut, très grand. Il y avait deux assistants qui m’aidaient. En général, il n’y a rien.

Les voyages qui m’ont le plus inspirée, c’était les voyages au Japon lorsque j’arrivais à Tokyo dans les années 90, que je voyais toutes ces filles, les Gangaru complètement zinzin, avec leurs godasses, elles conduisaient. Elles se cramaient aux UV avec des sacs Vuitton. C’était dément, j’avais jamais perçu que la rébellion pouvait s’exprimer de façon aussi Hello Kitty. Ça allait vraiment loin pour ces filles-là puisqu’elles se prostituaient pour s’acheter des sacs Chanel. C’était vraiment l’archétype de la consommation à son maximum. Le Japon est ce qui m’a le plus inspirée quand je dessinais et que je peignais sur les murs.

Maintenant, je m’inspire moins du réel. A un moment, je m’inspirais de l’endroit où j’étais. Je peignais une Fafinette qui avait un rapport avec le lieu ou le pays où j’étais. C’était basé sur l’observation des filles devant moi. La mode m’a beaucoup inspirée aussi, puis ça change, on a moins envie de se baser sur des choses réelles. C’est pourquoi la BD c’était chouette, c’était vraiment un désir d’inventer quelque chose, et non pas de m’inspirer du réel. Plus on crée, plus on a envie de n’avoir aucun repère, mais d’être un repère pour les autres. On a envie d’inspirer, le truc ultime, c’est de créer son univers et de moins être basé sur du réel.

La BD c’est parfait et en même temps j’aimerais voir la voix qu’elles pourraient avoir, ça serait bien si elles bougeaient…

Maintenant, je m’inspire moins du réel.

Par exemple, dans le clip “Oh My God” de Lily Allen que vous avez fait, vous l’aviez presque réinventée?
Oui, mais pas bien. (Rires) C’est très intéressant dans le sens où j’ai tout de suite vu que la 3D n’était pas valable pour mes dessins.

On est obligé de se manger des accidents. Après c’est dur parce qu’on travaille avec une équipe, on s’arrache les cheveux, et au bout de deux semaines on se dit qu’on ne s’est pas compris. On ne réussit pas tout le temps, on apprend, ça fait partie du jeu. Il faut faire des erreurs, il faut tester. Sinon on fait toujours les mêmes choses.

Est ce qu’il y a des moments où vous avez plein de projets et d’autres tout vides ?
Complètement. C’est super flippant. Une année, vous allez avoir deux trois projets qui vous mettent tranquille pour quelques années puis trois ans plus tard, il n’y a rien. Mon adresse e-mail marche, je reçois mes textos, j’ai ma 4G, ma carte sim… c’est un choix ! Il faut être philosophe ! Il faut être à l’aise dans ses baskets. C’est hyper dur si tu cumules un peu de déprime l’hiver, quand il fait froid. Mais ça fait partie du métier. Je suis entourée de gens qui ont ce genre de profession. On le sait très bien. Il faut produire. Il faut faire des choses pour soi aussi. A l’âge que j’ai, j’ai vraiment envie de partager et de donner.

Je suis en train de monter un festival d’art et de musique dans ma ville natale Toulouse. Ça, ça m’éclate. De réunir une équipe, de rencontrer les régisseurs, de voir quel serait le meilleur jardin pour faire les concerts le soir. Quels artistes j’ai envie d’inviter. De quelle façon monter financièrement le projet. Ça, je me régale. Amorcer quelque chose où je suis complètement débutante ; je suis nulle mais j’apprends. Je me mets en danger, j’adore ça, ça me fait trop marrer.

Il faut faire des choses pour soi aussi. A l’âge que j’ai, j’ai vraiment envie de partager et de donner.

Vous retournez souvent à Toulouse ?
Oui, tout le temps. Mon fils adore, mes parents sont là-bas. J’ai tous les potes d’enfance. Des parcours super différents mais c’est mon home…

Est-ce que la venue de votre petit garçon a influencé votre travail ?
La naissance de Neil a complètement remis en question la superficialité de mes personnages. Je me suis retrouvée devant mon travail pour lui expliquer et je me suis trouvée un peu naze. Je me suis dit : « Il faut aller plus loin. ». C’est aussi une évolution naturelle par rapport à l’âge mais ce sont toujours des éléments déclencheurs. Aller plus loin, plus haut. Ne jamais se satisfaire d’un truc qui est déjà rodé.

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Qu’est-ce que vous préférez faire ?

Faire des vidéos ça m’éclate. C’est un travail d’équipe. On emmène les gens avec soi. Quand j’ai fait les Youtube Music Awards avec MIA, on s’est trop marré. Une galère pas possible mais super aventure. J’aime bien challenger le stress. Je suis assez rigolote. Une fois, on était en tournage à la Cigale, avec l’équipe de Mademoiselle Yulia, la caméra tombe en panne, on était dimanche. Je me suis mise dans un coin, j’ai fait la sieste. Je me suis fermée comme une huître.

Je me dis : « On est juste en train de faire de l’Entertainment. On n’est pas en train de faire de la politique, personne ne va mourir, c’est pour s’amuser, pour donner de la couleur aux gens. » Je ne serai jamais l’artiste hystérique qui va gueuler sur son équipe. On est là pour transmettre quelque chose de chouette. On n’est pas là pour faire son petit dictateur.

Est-ce que vous considérez votre art comme féministe ? Est ce qu’il véhicule un message particulier ?
Au début, lorsque je faisais mes Fafinettes hyper sexy, il y avait un groupe de féministes à Toulouse qui repassait de la peinture sur mon travail. J’étais dégoutée, hyper triste… Je disais : « Elles ne voient pas que ce sont des filles qui font ça dans la rue ».

La démarche en elle-même elle est féministe, de façon illégale, etc. mais je comprends parce que quand même, je servais aussi la soupe aux garçons, en faisant une fille qui minaudait, qui était uniquement dans la séduction. Je le comprends maintenant et ça fait partie de la même énergie de vouloir découvrir, qu’elles parlent plus avec leurs yeux qu’avec leurs décolletés.

Je pense que ce que je fais en ce moment, c’est hyper féministe. Entendre des filles dire que ça leur donne du courage et que ça les inspire, c’est le but.

…en ce moment, c’est hyper féministe.

Parfois vous faites des ateliers ?
Oui, la dernière fois c’était à Birmingham pour un festival d’art. On fait des petites master classes. Il y a aussi de gros événements comme Semi-Permanent où plein d’artistes viennent parler. C’est important de parler de ce qu’on fait, de la manière de conjuguer les projets qui ramènent de l’argent. C’est intéressant parce que pendant qu’on anime ces ateliers, on réfléchit à notre propre métier et on se remet en question. C’est un véritable exercice.

Le seul petit problème que j’ai à chaque fois c’est quand les étudiants me demandent comment j’ai fait pour bosser avec des grosses marques, comme Adidas etc. Je leur dis que ce n’est pas le plus important, que ce n’est pas une fin en soi. Si tu vis uniquement pour les marques, ce n’est pas assez enrichissant. En tant qu’artiste, il faut aller un peu plus loin.

Où est-ce que vous êtes installée, maintenant ? A quoi ressemble une journée-type pour vous ?Je travaille dans un studio du Haut-Marais avec une éditrice et une chef-décoratrice et on s’entend super bien, on rigole beaucoup. Tous les jours, j’emmène mon fils à l’école, et à 8h30 je suis au bureau. J’ai aussi plein de potes qui ont des clubs, sont dans la musique. Je les vois beaucoup.

Où trouvez-vous votre inspiration? Je sais que vous aimez beaucoup la ville de Biarritz… En quoi est ce que cette ville vous inspire ?

Quand je faisais la BD, je partais une semaine par mois seule pour dessiner à Biarritz. J’avais une chambre préférée dans un petit hôtel de mamie, je me mettais toute la journée devant la télé à dessiner. Je peux passer des journées entières comme ça, sans parler à personne. J’adore. Je revenais avec plein de planches. Là-bas, tout le monde pensait que j’étais une critique culinaire qui venait pour inspecter les commerces, alors on m’offrait toujours plein de choses, c’était rigolo.

Le climat à Biarritz est assez fort et violent. On y mange bien, on se sent bien, je sens que je vais vieillir là-bas. C’est vital d’être proche de la nature, de voir les choses qui bougent. L’air de ce genre d’endroit, ça revigore. Et se mettre en immersion, être solitaire, ça me fait vraiment du bien.

J’ai besoin de me trouver seule assez souvent et mon fils reste avec ses grands-parents, on est tous les deux contents. J’essaie de l’emmener avec moi le plus souvent possible. Maintenant qu’il est un peu plus grand, il commence vraiment à se souvenir de ses voyages.

Les erreurs, ça fait partie de l’apprentissage !

Un autre projet en cours de préparation cette année ?

Là j’ouvre un restaurant avec une amie, rue Mandar. C’est un projet dont j’ai eu l’idée à cause des bahn-mi, des sandwichs vietnamiens super bons et il n’y en a pas beaucoup à Paris. Je vais ouvrir le restaurant avec une copine qui est chef. C’est un plaisir de passer du temps avec des gens que j’aime. Il n’y a vraiment pas de limites, que de l’envie. Ça m’amuse que ça puisse être fait, et en plus ça me fait plaisir de le faire avec des amis.

Le conseil que vous auriez aimé qu’on vous donne à 20 ans ?

Ne reste pas dans ta zone de confort, fais de nouvelles expériences. Les erreurs, ça fait partie de l’apprentissage !

 

Jetez un coup d’oeil sur mes autres interviews ici.

Traduction par MJ Arnould.

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52 comments

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  • Great interview!!love her work..very inspiring..
    xoxo
    Yael Guetta

    http://www.ftwwl.com

  • I love this interview!!! I remember growing up in Toulouse when I would discover new Fafinettes! It made the shopping trip so much better :) It’s great hearing how she progressed over the years.

  • I love her work! Really fun, fresh and modern.
    XOX, Gap.
    http://www.gaptoothedgirl.com

  • J’adore cet interview Merci Garance!!!
    Rappelle moi c’est quand ton livre? Et le studio fera un Bel Interview de toi j’espère….

    Bon weekend!

    http://www.blushandbeyond.com/lifestyle/100-organic-100-produit-a-miami/

    Bisous bisous
    Alix

  • I love her work and this interview!
    http://heelsandpeplum.com/

  • Elle est trop cool cette interview Garance. C’est super que tu reviennes un peu en France nous faire (re)découvrir les perles locales. Et ça change :)

    http://cheyma.com

  • Tellement heureuse de lire cette interview ! J’ai découvert Fafi il y a 20 ans tout rond en allant rendre visite à ma sœur à Toulouse, le hip hop est ma culture, j’étais attentive à tout dehors, aux graff, et venant d’une petite ville et en voir un peu partout me faisait terriblement plaisir et quand j’ai découvert les peintures de Fafi j’ai tout simplement halluciné ! Ça m’a fait quelque chose de découvrir ses fafinettes partout et en achetant des magazines par la suite j’étais toujours contente d’y trouver des pages avec ses œuvres. En cherchant dans les cartons, j’ai surement quelques photos de l’époque.
    Je trouvais ça tellement « badass » d’oser sortir, peindre etc que ses fafinettes je n’ai jamais eu envie de les rhabiller ! Elles étaient parfois provocantes mais je ne les ai jamais perçues comme étant des objets ou des victimes au contraire je les trouvais fortes.
    J’ai trouvé par hasard son instagram cette semaine et ça m’a tellement fait plaisir, rappelé tellement de beaux souvenirs je suis heureuse d’en apprendre plus sur son parcours aujourd’hui.

  • Really great and thorough interview! I may not be a big fan of her work, but her journey and dedication is fascinating!

    http://pearpenguins.com/

  • This was a very informative interview. I loved that she didn’t lean towards saying, – oh yes, I’ve been a feminist since I started. She was very honest, and her paintings are truly inspirational! I believe its more of inspiring women that we can be and do whatever we want!

    Thanks for sharing this interview, I loved it!

  • really great interview — her work is amazing

    http://hashtagliz.com

  • Sunny Side 27 mars 2015, 11:22 / Répondre

    Ah çà fait vraiment plaisir de lire cet interview, Fafi est tellement vivante, même pas peur, elle y va, prend des risques, réussit ou se ramasse et repart. J’adore ce genre de parcours, tous ceux de la rue Banski, JR, Whils et d’autres, je les admire, je les aime beaucoup. Ils se créent en cours de route, témoignent et s’éclatent. De belles vies inspirantes, et c’est une super idée de nous faire découvrir Fafi.

  • Super interview. Il y a cette phrase que je vais retenir :  » Il faut faire des erreurs, il faut tester sinon on fait toujours la meme chose. »

  • Thank you for doing this interview with Fafi! I love her personal style and her art!

    (=’.’=)
    -Lauren
    adorn la femme

  • J’ai honte de dire que je ne la connaissais pas… Merci, mille fois pour cette interview ! Même si jamais je ne peindrais de poupées sur les murs, son parcours est ultra inspirant !

    http://www.pardonmyobsession.com/

  • What a refreshingly honest interview. I love how she decribes her self-reflections over the years. So interesting, thank you.

  • Fafi est une femme très inspirante !

    Merci
    Christine

  • What a great interview. Her story is so inspiring and her art is amazing. Loving all that courage and motivation. You go girl!

  • Merci pour cette itw Fafi et Garance.
    une super énergie … sans doute la sincérité .
    Une itw naturelle sans « my life is perfect ».

    Blibli de Biarritz ;-)
    Un super spot de surf Garance ….. entre autres très belles choses !

  • J’ai toujours admiré le travail de Fafi, via internet. À 15 ans (début des années 2000) je fouillais l’internet pour voir ce qu’elle faisait, j’imprimais ses dessins. C’est la première fois que je vois à quoi Fafi ressemble dans la vraie vie, une quinzaine d’année plus tard, c’est un beau blog post pour moi ça me touche, c’est très personnelle. Je le relirai encore et encore!!
    Merci Garance!

  • Great interview!
    Passa a trovarmi VeryFP

  • Thanks for this inspiring interview, I enjoy, when things get deeper and not just scrape the beautiful surface. The beauty often lies underneath too and you can connect a lot more.

  • Lisa Lisa 27 mars 2015, 6:30 / Répondre

    « Deux belles personnes, que j’admire, que je suivais séparément, enfin réunies ?!! TELLEMENT COOL !!! ».
    Le temps d’un article, et peut-être plus à l’avenir, merci Garance et merci Fafi !

    Lisa

  • Merci de rester toi même et d’embellir de jour en jour ma grande .
    Bravo Garance pour ce bel article . Fafi est une courageuse je peux
    vous le confirmer . Bon vent les filles !

  • Ca me replonge quand j’étais à Toulouse pour mes études aux débuts des années 90, j’habitais en centre-ville, je sortais le soir, il y avait régulièrement des nouvelles fafinettes au coin des rues (j’ai encore des images en tête dans des ruelles sombres partant de la rue du Taur), super innovant et surprenant à l’époque, j’adorais !

  • Merci pour cet article, c’est intéressant de suivre son parcours!

  • J’adore son street art, et ses nattes accessoirement!!!
    ???
    Jeanne
    http://www.fashionmusingsdiary.com

  • J’adore son travail, elle est très très talentueuse :)

    http://www.taimemode-fashionblog.com

    http://photosfrench.blogspot.fr

  • She seems to be a refreshingly honest, independent, inspired and inspiring woman, and it’s great that she doesn’t shy away from being self-critical.
    It’s just too bad that I can’t possibly say the same about her work – nor can I understand how it could be described as empowering and feminist. Sorry, but no.

  • Cet article est Super !!! Merci de nous faire découvrir des talents et des personnalités ;)
    http://www.mademoiselleglamour.fr

  • Francesca 28 mars 2015, 8:31 / Répondre

    Amazing interview! She is such a talented artist!
    http://fashion-soup.com/

  • Clotilde 28 mars 2015, 1:58 / Répondre

    C’est fascinant, parce que je ne suis pas hyper fan de ce qu’elle fait, et en même temps, je trouve que ce qu’elle dit, son état d’esprit et sa manière de fonctionner, sont complètement extraordinaires, et, pour utiliser un mot souvent tarte, « inspirant ». J’ai l’impression qu’elle sait aussi complètement se remettre en question, et s’auto-critiquer, qu’elle sait aussi où est l’important. Franchement, ça n’a pas l’air « fake » comme discours, et ça fait du bien !

  • wooooow !!! SOUVENIR !!! Qu’est ce que c’est cool. Les sons Ed banger du début me reviennent, les fafinettes… Contente de voir qu’elle est toujours là !

  • Very interesting & inspiring interview! Thanks a lot

  • It’s the first time I hear of this artist, and I’m so glad to have read her interview. She’s so inspiring and fun!
    I will be on the lookout for her work in the future. Thanks for sharing Garance and studio dore!

  • Oh mon dieu… j’habite à Toulouse, et maintenant à chaque fois que je vais sortir je vais espérer de croiser cette personne extraordinaire, pleine de talents et d’idées… Merci pour le partage !!

  • Great interview! I like how my morning has started. :)

  • Super interview, merci à toutes les 2 ! Je trouve son mode de vie très inspirant !

  • Super inspirant comme portrait!
    Je retiens « Ne reste pas dans ta zone de confort, fais de nouvelles expériences. Les erreurs, ça fait partie de l’apprentissage. » Merci!

  • incroyable !!! il y a 2 ans j’ai pris en photo un graphe dans une rue de Calvi et grâce à ton interview, je viens de réaliser qui en est l’auteur … je suis partagée entre le fait de m’auto flageller en me traitant d’indécrottable ignare ou de me féliciter d’avoir eu la chance de tomber dessus, et surtout d’avoir eu la présence d’esprit de le prendre en photo …
    J’adore !!!

  • J’adore FAFI mais je suis Toulousaine et chez nous c’est comme un monument historique.

  • I love Fafi.
    Thanks for the inspiration.

  • Merci pour cette belle interview, très inspirante. On veut plus de ce genre de contenus !!!!! ;)

  • Ouaahhhhhhh ! Mes 15 ans !!!! un modèle pour les filles dans le milieu très masculin du graff de l’époque . Elle a un parcours hors norme et je lui souhaite un jour de réaliser son film d’animation ! merci Garance !

  • Ai-Ch'ng 1 avril 2015, 5:30 / Répondre

    Oh wow, thank you so much for this story! So deeply moved to read Fafi’s thoughts.. and I loved your questions!

    Of all your interviews, I think this one with Fafi, and the one with the calligrapher who practices for hours each day to hone his craft like it’s a spiritual part of him, have given me such insight into what brings happiness to ourselves and to others. In a bizarre way, I felt like crying when I read Fafi’s interview, too: not from sadness, but out of joy. She and her work convey such exhilaration, I feel like my lungs are bursting with the fresh air her frank perspective and dedication to her really exuberant and strong art bring to this interview.

  • Merci beaucoup pour cette interview… original; frais; une artiste pétillante et originale! super inspiring!

  • THANK YOU!!!!

    Garance x Fafi = the coolest French girls ever.
    I have admired Fafi for the last 15 years, seeing her in your blog was a massive highlight today xxx

  • Wow love her paintings!

  • Hey There. I found your weblog using msn. This is an extremely well written article.
    I’ll make sure to bookmark it and come back to
    learn more of your helpful information. Thanks for the post.

    I’ll definitely return.

  • I LOVE Fafi! I discovered her work when I was around 15, and I decided then that I needed to have a career in the creative spheer. This interview was so insightful too – she’s super brave, especially for following her career path in the face of opposition from her parents.

  • Bonjour les filles
    Je viens d’entendre parler de cette artiste par une amie, c’est vrai qu’elle a beaucoup de talent.
    Je lui souhaite de continuer à embellir les rues de Paris avec ses dessins.

  • Et Tilt dans tout ça ??!
    Quand Fafi indique qu’elle a commencé toute seule je trouve ça un peu dommage et hypocrite car elle doit beaucoup à Tilt avec qui elle a fait le tour du monde et avec qui elle a peint des murs un peu partout

    Je n’aime pas critiquer mais parfois il fut être honnête et remercier les personne avec qui on a grandi même si ça n’a pas évoluer de la bonne façon…
    Fafi devrait remercier les personnes avec qui sa peinture à grandi !